un livre à pages ouvertes | © Pixabay

La solitude dans les douleurs chroniques

Notre spécialiste Marie Robin-Bourdon a l’expérience de la douleur chronique depuis 17 ans. Dans son livre « Dénouer l’écharpe de la douleur », elle témoigne de son expérience.

Elle parle ouvertement des émotions, du changement de vie, des obstacles à contourner, des trouvailles à faire pour composer avec ces douleurs. Ainsi son texte ouvre des portes qui vont vers la lumière, vers la vie, dénouant ainsi au fil du temps l'écharpe qui enserrait le cou, devenue accessoire, légère. Vous avez ici l'occasion de lire un extrait de son livre.

Être seul fait partie de la condition humaine.

L'entourage de la personne souffrant de douleur chronique est certes présent, accompagne du mieux qu'il peut, mais lui aussi est pris dans cette toile dont il est bien difficile de s'échapper. Il fait partie du système qui s'installe insidieusement. Comment faire avec ce nouveau corps souffrant ? Comment ne pas blesser par des mots, des gestes, des attitudes ? Tout devient étrange, tout est à réinventer. Mais à travers la culpabilité mal placée, qui est là sans avoir lieu d'être, la dimension qui échappe et les pourquoi, l'espace avec l'autre bienveillant se creuse, un fossé s'installe, qui parfois ne peut plus se franchir. Le temps de respirer un peu avant de revenir. 


La douleur chronique aiguise l’altérité, puisqu'il sera toujours impossible d'imaginer ce qui se vit chez l'autre. Des mots cherchent à dire, sont redondants, mais le vécu intime reste propriété malgré soi. Cette solitude de ce qui ne peut trouver mots justes, précipite à certains moments au fond d'un gouffre dont chaque fois, il faudra remonter. Il est difficile d'accepter de rester seul à côté des autres, d'avoir la pudeur de taire, d'abandonner les velléités qui tenteraient de convaincre de l'invivable, de l'inhumain. De se persuader, et l'expérience y mènera, que plus on parle de la douleur, plus elle est présente. Pourtant, la théorie dans les livres le dit bien ! Mais il faudra l'éprouver, en passer par là. La solitude avec cette drôle de compagne, il va falloir l'apprivoiser pour redevenir soi et non plus réduit à cette douleur qui se mord la queue sur elle-même, dans un rythme effréné, vertigineux.

Sur la couverture du livre, on voit un foulard rouge sur fond de ciel bleu.

Le livre "Dénouer l'écharpe de la douleur" parle de comment vivre avec la douleur chronique, cette compagne si particulière.

Les questions existentielles se posent souvent à la surface de l’Être.

Pourquoi une vie coupée si brutalement dans son élan ? Pourquoi une vie à souffrir ? Quel sens y donner, si tant est qu'il y en ait un ? Mais alors, que faire de cette vie ? Toutes ces questions traversent chacun, douleur chronique ou pas. Elles font partie de cette solitude existentielle, ni plus ni moins, finalement, que pour tout être humain. 


Sur un autre registre, celui de la médecine, cette solitude peut suivre l'abandon dans lequel parfois certains thérapeutes laissent leur patient. Lorsque tout ce qui est connu a été tenté, que le patient repart avec une phrase qui vient dire je ne peux plus rien pour vous, comment alors ne pas être précipité dans un néant sans fond, un vide sidéral empli de trop d'invivable ? Dans ce laisser-tomber cruel, une distance d'une année lumière se fige entre celui qui souffre, repart les bras ballants, la tête lourde, les nœuds au ventre, et l’autre qui abandonne. Certains thérapeutes disent ainsi leur impuissance, et on peut les comprendre. D'autres ne lâchent jamais la main et cherchent sans cesse, restent avec leur patient et sa douleur. Ils ne baissent pas les bras, fidèles au poste, ils restent là, quoiqu’il arrive. Ils savent, au fond d'eux-mêmes, que quelque chose est possible.C’est dans cette dynamique de ne pas douter que le chemin de la guérison se trouve, pas à pas.
 

Marie Robin-Bourdon
"Dénouer l'écharpe de la douleur" 

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